à l’aube de la puberté

à l’aube de la puberté

mother-daughterDans les six ans que j’exerce, j’ai reçu tant de demandes de mères qui cherchent un rituel, une cérémonie pour accompagner leurs filles dans la puberté et notamment dans l’expérience de leurs premières règles. Plus bas vous trouverez mon dernier article sur ce sujet « Que le papillon émerge à sa façon », publié ce mois-ci dans un beau dossier sur les premières menstruations dans le dernier Rêve de Femmes.

Ma réponse a toujours été la même, face à ces mères qui veulent tellement que leurs filles aient une bonne expérience avec la ménarche : « Et vous? Quel est votre vécu du cycle féminin? Comment votre ménarche s’est passée? » Nous ne pouvons pas garantir une expérience positive pour elles, pas plus qu’assurer que tout le monde les apprécie à l’école. Le vécu de la mère sera clé dans les perceptions de sa fille et c’est justement pour cette raison que j’encourage les femmes à travailler sur leur cycle de leur côté.

Néanmoins, le sort de ces jeunes filles dont la mienne, me préoccupait. Ainsi est né le stage « À l’aube de la puberté » qui s’adresse à des jeunes filles de 9-12 ans avec leur mère, ou une marraine, ou une tante, ou une grande-mère. Bien plus qu’un stage pour préparer l’arrivée des règles, je vous propose un stage pour aborder ce que c’est d’être une femme cyclique mais aussi pour créer un climat de transmission et de dialogue entre mères et filles.

Il y a de nombreuses femmes qui ignorent leur nature cyclique. Elles s’identifient aux bons moments dans leur cycle, les moments où elles arrivent à tout jongler et être au top. La menstruation et la pré-menstruation de ce fait sont vécus comme des aberrations, les moments où on dévie de la norme. Or, est-ce qu’un arbre est moins un arbre quand il n’a plus de feuilles? Est-ce qu’une hirondelle est plus hirondelle quand elle débarque en France? Ces questions paraissent ridicules mais la non-intégration d’une moitié de notre nature est à mon sens responsable de nombreux maux que nous vivons en tant que femmes. En apprenant la cyclicité féminine dès le départ, j’espère que nos filles pourront éviter le rejet d’une partie de leur nature.

J’avais toujours supposé que tout se passerait comme une lettre à la poste pour ma fille, qui baigne dans ce monde menstruel depuis plus de six ans. Or récemment, elle a eu des rêves qui l’ont secouée : d’être enfermer dans un grand bâtiment comme un tour; et qu’on prenait une partie de son corps et la jeter dans les toilettes. Ces rêves m’ont permis de voir la nature presque atavique de ces peurs et de les reconnaître comme étant normales. Le passage de la puberté est un passage initiatique, et en tant que tel n’est pas sans violence. Nous ne pourrons pas gommer ni effacer cette peur : vouloir le faire serait une erreur (voir l’article plus bas).

Une autre clé dans cette approche est celle de la transmission entre adultes et filles. De manière légère et ludique les femmes dialogueront non seulement avec leurs propres filles mais avec d’autres aussi. Souvent j’ai remarqué à la pré-adolescence et particulièrement à l’adolescence le besoin de changer de parents, comme si l’enfant cherche d’autres référents que ceux qui les ont amené jusque là. Ça peut être vécu comme un rejet mais c’est simplement une suite naturelle des choses, un enfant qui commence à s’ouvrir plus au monde et chercher d’autres modèles que ceux qu’il a connu. C’est un grand travail pour l’égo parental de permettre cette ouverture!

Au tout début de ma formation, j’avais lu un sondage qui demandait aux pré-ados ce qu’elles avaient le plus besoin de savoir sur la ménarche et la puberté. 15% voulaient comprendre la biologie de la chose; 28% cherchaient des informations « logistiques », par exemple « comment insérer un tampon? », « combien de jours dure la menstruation? » etc.; mais plus de 50% voulaient savoir comment ce serait, qu’est-ce qu’elles allaient ressentir. Le stage s’articulera autour de ces besoins-là. Nous apprendrons sur la biologie et les aspects logistiques, mais surtout, la journée s’axera autour du ressenti.

La tranche d’âge préconisée – de 9 à 12 ans – est plutôt jeune : c’est voulu. L’intention est de transmettre ces informations pendant que votre fille est encore réceptive et ouverte à sa mère. Cette ouverture se réduit naturellement à l’adolescence, pour moi, c’est important à intervenir avant, d’autant plus que la puberté arrive de plus en plus tôt.

Pour celles qui s’intéressent, attendez-vous à une journée de paroles, d’activités créatives, du mouvement, d’expression et de rires. J’ai toujours trouvé que l’humour permet de faire passer beaucoup de choses! Le stage aura lieu à St Genis Laval (juste au sud de Lyon) le samedi 5 novembre de 9h30 à 18h et nous aurons un repas partagé à midi où chacune apporte un plat. Le tarif est de 80€ pour le couple mère-fille. Parlez-en autour de vous!

Pour réserver appelez le 09 78 234 772 ou bien envoyez un mail au contact.entente@gmail.com. Mon portable sert uniquement aux sms depuis mon déménagement en Ardèche 0619 072 725.

Si vous êtes intéressée mais trop loin, je serais prête à me déplacer pour un autre stage avec un minimum de six couples mère-fille. Contactez moi par mail contact.entente@gmail.com afin qu’on en discute.

 

Voici mon article sur les rituels de premières menstruations :

Que le papillon émerge à sa façon

Bien que nous voulions le mieux pour nos filles, il est primordial qu’elles soient respectées dans ce passage clé de leur féminité. Jacqueline Riquez donne ses raisons pour approcher un rituel de ménarche pour des filles avec précaution.

 

Nous sommes nombreuses à avoir souffert de nos premiers pas dans la féminité, l’arrivée inopinée ou trop longuement attendue d’un sang qui marquait la fin de notre enfance et faisait place au silence, à la douleur, à la honte, au secret. En cinq ans d’aider les femmes à mieux vivre leurs cycles, je sais que celles qui ont une belle histoire au départ sont chanceuses et rares. Dans les stages Les Voies Féminines, nous abordons ces passés difficiles, et un rituel de ménarche, entre autres, offert à ces femmes adultes, permet souvent de guérir certaines blessures anciennes liées à ces commencements confus. Je suis persuadée du bien fondé d’une telle cérémonie pour ces femmes.

Logiquement, ça devrait être pareil pour les adolescentes et je reçois régulièrement des demandes de rituels pour des jeunes filles au seuil de leurs premières menstruations. L’idée étant qu’en vivant dans une culture dépourvue de rites de passage, un rituel de ménarche permettrait de changer le vécu du cycle de ces filles. Après tout, le mot rituel est lui-même dérivé du mot Sanskrit r’tu qui veut dire et rituel et menstruation. Qu’est-ce qui pourrait être plus naturel qu’une cérémonie pour ces filles ?

Je ne suis pas convaincue, je l’avoue. Venant de quelqu’un qui investit tant énergie à changer nos perceptions du cycle féminin, ma position doit paraître étonnante. Oui, je rêve d’une société où les passages de vie de tous sont reconnus et fêtés. Le peu de rites qui existaient dans l’Occident étaient déjà très éloignés de ce qu’on trouve encore dans d’autres cultures, des rites qui reconnaissent que chaque changement charnière de la vie est une initiation à vivre. Tant de passages jonchent la vie d’une femme, la ménarche, l’avortement, l’accouchement, la ménopause et aucun n’est accompagné de rite. Le jour où nous accepterons de vivre tous ces passages pleinement, la déconstruction radicale d’une vie afin d’entrer dans une autre, une mise à niveau, une mise à nouveau, alors nous pourrons ressentir un vrai ancrage dans nos vies.

Quelle belle idée, quel beau rêve… Simplement, je ne pense pas que nos jeunes filles devraient être le point de départ pour cette révolution culturelle. Leur place n’est pas dans l’avant-garde.

Qu’est-ce qui nous donne envie en tant que parents d’offrir ce genre d’expérience à une jeune fille? Que cherchons-nous à leur offrir ? Pour la mère particulièrement, il y a souvent un désir de ré-écrire sa propre histoire, de rectifier les torts de son entrée dans la féminité. Nous souhaitons que nos filles grandissent sans vivre la honte, sans se sentir en conflit avec elles-mêmes, sans complexes. Vouloir limiter certains chagrins de cette période charnière est normal. Mais si nous arrivions à le faire, je crains que le résultat soit nuisible pour nos filles. Pensez au papillon qui essaie de sortir de son cocon : c’est laborieux, il se débat pour se libérer. Or si nous l’aidons en déchirant le chrysalide, le papillon ne volera jamais. Il se peut qu’à l’adolescence qu’il y ait des expériences difficiles que nous devons vivre afin de nous construire.

Pour pouvoir accompagner nos filles dans un rituel, toute personne impliquée doit avoir nettoyé préalablement ce qui est terni dans sa vision et son vécu du cycle. À défaut, nous risquons d’instrumentaliser nos filles dans l’assainissement de nos histoires. Transmettre le message « apprécie ton cycle » sonnera faux si notre vécu reste souffrant : le message implicite risque de primer sur la parole bien-intentionnée.

Nous avons envie de leur transmettre que leur valeur ne diminue pas en devenant femmes mais quid du désir de la fille ? Est-ce qu’elle a envie de célébrer ce passage ou pas ? Rappelons que les filles doivent composer avec les attitudes de la société qu’elles intègrent et pas simplement celles de son entourage. Qu’est-ce qu’elle ressent par rapport aux changements dans son corps ? C’est légitime qu’elle ne soit pas dans l’extase devant les effets de la puberté. De plus, il y a une pudeur qui s’installe souvent à cette période et un besoin d’individuation naturel. Quel message transmettons-nous en ignorant ces derniers ?

C’est vital que nous transmettions notre respect pour ces jeunes femmes en fleur, et ça commence en parlant avec elles et en leur préparant aux changements à venir bien en amont. Mieux vaut ne pas attendre l’adolescence quand elles ont besoin de s’éloigner de nous mais agir quand elles sont encore petites où nos opinions de parents sont dominent encore. Si nous attendons que l’adolescence frappe à la porte, nous courons le risque qu’elles ne soient plus réceptives à ce que nous avons à leur dire. Une fille préparée par sa famille bien avant que son cycle arrive aura des fortes chances de vivre sa ménarche de manière positive. Ce n’est pas le vécu d’expériences négatives qui conduit aux traumatismes, mais l’impossibilité d’en parler. Si nous sommes engagés à accompagner nos filles, nous avons rien à craindre pour elles.

Notre rôle est d’éduquer, mais à l’adolescence, cette éducation évolue nécessairement : nous sommes invités à créer une place d’adulte pour la fille puis à l’aider progressivement à l’assumer, tout en acceptant de renoncer petit à petit à notre contrôle.

Je ne dis pas qu’un rituel pour une jeune fille est à proscrire, simplement qu’il faut le concevoir avec beaucoup de précaution et de respect. Si ce choix est véhiculé par la fille autant que par sa famille, si elle a une vraie place parmi les invités et si tout le monde a fait son propre chemin par rapport à ce passé, alors pourquoi pas ? Sans réunir toutes ces conditions, nous risquons de briser les ailes tendres de notre jeune papillon malgré notre volonté de l’aider à s’envoler.

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