Osez la transformation…

Osez la transformation…

Ça fait un moment que je n’ai pas écrit, comme si ma voix coinçait dans ma gorge, trop de mots qui se bousculaient, ou pas assez. Une raison bien banale se cachait derrière mon silence : un cœur brisé, de quoi plus ordinaire ? Or un cœur brisé n’a rien d’ordinaire : à chaque séparation la douleur est unique, un cocktail spécifique de blessures, plus ou moins dosé. Cette fois-ci, le cocktail a failli m’achever, s’insinuant sur toutes les failles, en faisant des brèches, des gouffres, des abîmes. Avoir osé enfin la vulnérabilité, bercée par la confiance, j’ai ouvert la porte à une rupture très douloureuse. J’ai eu à remonter jusqu’à la source, quasiment au berceau et oser affronter les blessures de fond, celles qui me ramenaient toujours au même endroit, des rails qui semblaient mener ailleurs mais qui me ramenaient inéluctablement au point de départ.

Et puis… et puis… le temps passe. Des larmes ont coulé, beaucoup, beaucoup de larmes, je m’étonnais de la quantité, de l’intensité de ces émotions. Enfin j’ai compris que ce n’était pas un seul amour perdu qui les a générées, mais tout l’amour perdu depuis toute ma vie : l’amour inepte de personnes bienveillantes est facile à identifier, c’est lui, c’est elle, c’est leur faute. Mais surtout il y avait tout l’amour que j’ai perdu pour moi-même en croyant ces narratifs de bons et de méchants; toute la douceur que j’ai donnée aux autres et refusée à moi-même; toute la générosité qu’inspirait mon entourage face à la dureté que je portais à mon égard.

Au début de l’été, j’ai lu un article étonnant de Margaret Paul (en anglais uniquement, désolée) où elle explique que quand on se sent abandonné dans une relation, ce sentiment est toujours précédé par un abandon de soi, que ce soit sur le plan émotionnel, physique, spirituel, relationnel, financier, etc. Autrement dit, la souffrance que nous ressentons quand on nous quitte est multipliée en fonction de notre propre abandon de nous-même. Au lieu de nous préoccuper du pardon de l’autre, pouvons-nous arriver à nous pardonner?… à nous pardonner d’être triste, de sentir seule, d’être faible, de frôler le désespoir? Trop souvent, les partisans du pardon nous poussent à sortir vite de notre colère, de notre rancune, de notre blessure, avant que nous soyons vraiment prêts. Ce côté d’ombre qui est en chacune de nous est dérangeant, voire répugnant, mais nous ne l’évinçons pas en l’évitant. Le moment du pardon viendra, mais chaque chose dans son temps. Si arriver au pardon nécessite un abandon de nous-mêmes, c’est que nous ne sommes pas encore prêts.

Cet été, j’ai appris comment je suis douée pour m’abandonner, pour fuir des émotions dérangeantes, pour me noyer dans l’activité ou paradoxalement, dans l’inertie. Il a fallu une rencontre avec la Terre pour me sortir enfin de ma torpeur, un paysage qui me parlait, un vent que je reconnaissais qui soufflait dans les arbres, des buses qui m’indiquaient mon chemin : le chemin qui m’amène vers moi-même. Pas vers le Prince Charmant, ou l’homme de mes rêves, mais vers moi-même, la femme de mes rêves. L’Univers, bien complice, fait en sorte que je me mette en mouvement, par le biais de mes propriétaires qui vendent ma maison. Le chemin est venu me prendre par la main, au cas où que je me réfugie à nouveau derrière mes doutes.

Il a fallu aussi le soutien et l’amour de mes amies et mes cercles de sœurs, et les Gardiennes, qui m’ont appris le sens de l’amour, de la tendresse, du lien. Elles m’ont vu au plus bas et elles ont posé des baumes réparateurs sur mes plaies. Merci à elles.

AutumnEt parce que les cycles de la vie le veulent ainsi, me voilà en train de préparer mon stage de l’automne*, le stage de la Transformation et du Discernement, le stage où la femme est invitée à retourner à elle-même et à retrouver sa peau. Le stage où nous apprenons à trier, à élaguer et à conserver, à nous préparer pour l’hiver à venir. La justesse de préparer ce stage-ci à ce moment-ci de ma vie ne m’échappe pas. Cette saison trouve ses analogues dans la pré-menstruation de chaque cycle et dans cette phase mystérieuse et méconnue de l’Enchanteresse – tous les deux des passages que les femmes vivent souvent avec difficulté. Dans la deuxième moitié du cycle, nous sommes invitées à nous tourner vers nous-mêmes, à nous détourner du monde extérieur… et bon sang, c’est dur. C’est un exploit, un peu comme marcher sur la tête. Mais ô que c’est nécessaire. Car si nous nous abandonnons tous les mois, nous donnons le ton à l’Univers et nous créons encore plus de cet abandon que nous cherchons tellement à échapper…

Reviens, souffle le vent de ton âme. Reviens-moi.

* Le stage de l’automne des Voies Féminines a lieu en 2017 chez moi à Préaux (07). Pour plus d’informations, visitez la page dédiée.

 

3 réponses à Osez la transformation…

  1. Christine dit :

    Bonjour!

    Je suis venue sur ton site par hasard. Ton article me touche et trouve une résonance. Je suis en transformation, je lis « Lune Rouge » et je me sépare de la personne avec qui j’ai partagé 20 ans de vie. Quel chemin! Je souhaite prendre le mien, seule, à moi, me retrouver, me découvrir aussi. Mais que c’est dur! L’abandon dont tu parles me colle à la peau. La peur aussi. Merci pour ce partage d’expérience, il m’a beaucoup éclairé. Belle continuation, Christine

  2. Stéphanie dit :

    Magnifique article..
    Un grand Merci pour ce partage de Vie débordant de sincérité et d’authenticité..:)

  3. Huguette dit :

    Merci Jacqueline pour ce partage en transparence de tes vécus intimes, je suis touchée ++ …. car quelle femme ne se retrouve pas dans tes écrits et à devoir affronter cette douleur incommensurable de la perte d’un amour ! Nous, femmes, qui savons vibrer et accueillir dans l’exultation, quelle blessure sans fond, quelle méprise inouïe et inacceptable !!
    Affronter la tristesse,la solitude et les torrents de pleurs qui se déversent est-il un passage obligé pour se reconnaître enfin ???? Je n’ai pas encore la réponse…
    Il est dur et long le chemin pour s’accepter dans nos ombres et garder le cap malgré tout avec la force et la joie qui nous habitent.
    Plein de bises toutes douces
    Huguette

Laisse une réponse

Conception et réalisation : Sur Mesure concept